Jeudi 15 mai 2008

Pascaline a la quarantaine un peu difficile. Rien de grave a priori, mais rien de réjouissant non plus. Alors lorsqu’elle visite et accède à ce petit appartement rue Dambre, elle prend ce changement comme un nouveau départ. Une nouvelle vie qui commence. Mais elle apprend qu’un crime terrible a eu lieu dans son studio, dans sa chambre même, des années plus tôt. L’angoisse du passé qui ressurgit en elle comme hurlé par les murs qui l’entourent va se transformer en une projection de son propre passé. Elle suit les pas de l’assassin et de ses victimes, des familles écartelées, et personne ne semble la comprendre. C’est aux abords de la folie qu’elle a rendez-vous avec elle-même et sa fille, décédée quinze ans plus tôt.

Après Elle s'appelait Sarah, Tatiana de Rosnay nous propose un récit court et dense. La tension monte pendant tout le livre, pour atteindre son paroxysme dans les toutes dernières pages, jusqu’à la dernière ligne. S’il n’y a rien d'exceptionnellement original dans cet ouvrage, il faut avouer que la dynamique fonctionne. On se fait prendre à cette tristesse en phase d’explosion, et les pages se dévorent d’une traite.


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Mercredi 14 mai 2008

Aurélien a les yeux qui brillent. Ils brillent de ses rêves et de ses désirs, de ses joies à venir, de ses folies et de ses ambitions. Ils brillent de l’objet de ses recherches : l’or de sa vie. D’abord apiculteur dans son village natal, il décide, suite à la destruction de sa récolte, de partir en Abyssinie pour se faire chercheur d’or, justement. C’est un véritable parcours initiatique qu’il entame au cœur des dangers de ce pays, l’amour n’en étant pas des moindres, pour finalement revenir dans son village avec un projet titanesque qui doit enfin concrétiser tous ses rêves, et le rendre riche de lui-même.
 
On passe un moment agréable, l’histoire est jolie et peut s’offrir en cadeau, mais l’emballage manque un peu de surprises, l’écriture de brillants. Le même thème ayant été traité quasiment à l’identique par Alessandro Baricco dans Soie, La Muse vous recommande ce dernier ouvrage, petit bijou littéraire.

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Mardi 13 mai 2008

En quatrième de couverture l’éditeur surligne : « La confession impertinente et sensuelle d’une Shéhérazade moderne ». « Un livre incandescent. Un évènement dans le monde arabe ». Un peu racoleur tout de même, après lecture.

En fait, il s’agit du livre d’une intellectuelle syrienne qui aime le plaisir de l’amour et qui va chercher dans les écrits érotiques de la littérature arabe, une sorte de justification à la sensualité.
On sait dès le début  qu’un amant merveilleux a croisé sa route (elle le nomme le Penseur…) et que leur complicité sensuelle lui a permis d’adopter définitivement le goût de l’amour multiplié par les expériences. Ainsi la révélation complète et l’aboutissement du plaisir ne serait pas dans l’engagement vers un seul mais bien dans la multiplicité des horizons dermiques.
Pourquoi pas.
Pourtant les quelques témoignages ne sont pas très convaincants, plutôt froids, et que sauf à croiser quelques lignes où la poésie érotique arabe est délectable, il n’y a rien de très probant ni de très impertinent dans cet ouvrage.

La couverture du livre est très belle, cela ne suffit pas à en faire un évènement.

A lire, pour vraiment essayer d’appréhender la complexité et la sexualité d’une femme arabe à travers un témoignage : L’amande – Nedjma (paru en 2004) - Pocket

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Samedi 10 mai 2008
Au soir de sa vie, Raj se remémore son enfance, et notamment sa rencontre avec David, petit juif déporté de manière absurde vers l’Ile Maurice pendant la seconde guerre mondiale. Transfert inconscient des frères qu’il a perdus, dérivatif pacifique des violences infligées par son père, David devient la source et l’objectif de ses désirs et souffrances. Leur amitié dépassera très largement les jeux et les rires, et les mènera jusqu’au bout de la piste, au fond de la forêt, où coulent encore les larmes de Raj sur les arbres qui l’ont vu perdre par deux fois les êtres qui lui furent les plus chers.

Un roman parfaitement maîtrisé de bout en bout, sur fond d’une absurdité historique méconnue, une belle amitié qui s’épanouit au détriment de ses personnages, un auteur qui a mérité le succès de ce joli récit.

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Mercredi 7 mai 2008
Sorti de l’enfer des tours du World Trade Center, Keith revient à l’appartement de son ex-femme, couvert de cendres et de sang, divaguant à moitié, comme par instinct, une mallette qui ne lui appartient pas dans la main. « L’après » se déroule tout seul, sans heurt et sans volonté, chacun suit les traces de ses névroses et retourne sans cesse sur ses pas. Si Keith reprends une vie de famille depuis longtemps abandonnée, c’est dans les bras d’une autre rescapée qu’il tombe, comme sa femme tombe dans les oublis de ses patients atteints d’Alzheimer, qui font tout pour se rappeler comment c’était avant. Mais c’est comme si « avant » n’existait plus pour personne. L’apocalypse semble née le 11 septembre et ne cesse de s’étendre, moins chaotique que méthodique. Les vies ne se reforment pas tout à fait, et chacun est cet « homme qui tombe » des toits ou des gares, dans une mise en scène macabre et dérangeante, de « l’art de rue » pour crier en silence un mal-être touchant toute l’Amérique.

Don DeLillo retrace avec un grand talent les névroses de ses personnages, d’une plume sensible, aussi trouble et nerveuse que cette Amérique assommée de l’après 11 septembre, ce colosse qui vient de s’apercevoir que ses pieds sont d’argile. Voilà un témoignage rare de la culture américaine telle qu’elle se redéfinit depuis 2001.

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Vendredi 2 mai 2008

Pietro n’est pas là lorsque sa femme fait une rupture d’anévrisme sous les yeux de leur fille Claudia. Il n’est pas là car il est en train de sauver une inconnue de la noyade. Pétri de culpabilité, il décide de passer ses journées devant l’école de Claudia, dans sa voiture la plupart du temps, dans le café du coin ou le parc mitoyen. Il observe la vie alentour, les habitants du quartier, les passants, et porte un regard tendre et amer, cynique et doux, sur la vie qui continue son chemin. Il attend. Mais il ne souffre pas. Il est dans cette phase étrange où le drame est bien présent mais n’a pas encore explosé en lui, ni en sa fille d’ailleurs, dans un « chaos calme » comme il le définit.
L’enchaînement des conséquences de cette immobilité porte tout son entourage, personnel et professionnel, à venir se liquéfier dans sa voiture, chacun y allant de son malheur, de la triste anecdote qui a bouleversé sa vie. D’abord objet de compassion, Pietro devient l’analyste involontaire de son monde, l’oreille attentive et discrète dont ces êtres au bord de la rupture avaient besoin. En tous les cas jusqu’à ce que sa fille vienne remettre quelques pendules à l’heure.

Un roman fort, très bien écrit et aux idées souvent originales. Un sens du retournement absurde digne de Beckett, un existentialisme doux, entre humour tendre et cynisme noir. On referme ce livre en regrettant déjà que ses personnages ne nous accompagnent pas plus longtemps. Une réussite.

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Mardi 29 avril 2008

Camille Laurens dresse une série de portraits des hommes de sa vie. Le carnet de bal d’une femme qui aime le mystère des hommes et tente d’en percer les secrets.
Elle voudrait tant comprendre comment on traverse cette galerie de figures masculines qui font la mémoire, le présent, et l’avenir.
Dans ce voyage émotionnel, elle questionne avec intensité le sens des relations hommes-femmes (thème récurent dans son écriture) et débat avec elle-même et avec un humour mélancolique de la Vérité de l’amour. Et si tout était possible ? Ou l’inverse ? ….

Camille Laurens avec une écriture sensuelle, drôle et pertinente émeut, intensément, dans une construction littéraire touché – coulé désarmante.
Un bijou de sensibilité.

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Vendredi 25 avril 2008

Roz et Lil entretiennent depuis toujours une relation amicale fusionnelle. Leurs maris n’ayant jamais trouvé place dans ce duo, disparaissent tout naturellement. Restent leurs fils, tous deux accrochés à leurs robes comme à des bouées de tendresse. Jusqu’au jour où les relations évoluent, s’épanouissent, où les garçons deviennent de beaux jeunes hommes, où l’amour finit par vaincre les non-dits et les règles de la bienséance. Les relations se complexifient encore, les fusions s’opèrent à quatre, les mots, les sentiments et les caresses enferment chacun des personnages dans un rôle qu’il sait transitoire. Forcément. Il faut bien, après tout, que les garçons se marient et deviennent père…

Doris Lessing, Prix Nobel de Littérature 2007, est âgée de 84 ans lorsqu’elle écrit ce court roman sulfureux, y livrant une version de grand-mères particulièrement délurée.
La plume légère et le verbe simple, c’est tout en finesse qu’elle parvient à décrire une situation pourtant complexe et improbable.
Un hors d’œuvre doux-amer à savourer avec humour.

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« La beauté des jeunes gens, bon, ce n’est pas si simple…Il y a un âge, un âge éphémère, vers seize, dix-sept ans, où ils ont une aura poétique. On dirait de jeunes dieux. Il arrive que leur famille ou leurs amis soient intimidés par ces êtres qui ont l’air de visiteurs venus d’une atmosphère plus pure. Ils n’en ont souvent pas conscience, se faisant davantage l’effet de paquets mal ficelés qu’ils essaient d’empêcher de se défaire. »

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Jeudi 24 avril 2008

Un beau matin, Jane découvre sur son paillasson un paquet contenant un manuscrit qui  raconte avec moult détails l’histoire de sa vie.
Qui donc a épié Jane dans les moindres recoins de ses sentiments, de ses actions et de ses pensées ? Qui a pu avoir assez de toupet pour en faire un livre et le lui déposer en première lecture ?
Jane est elle d’accord avec cette version d’elle-même ? Qui soupçonne t'elle, dans son entourage, d’avoir lâchement utilisé ses confidences à des fins littéraires ?
Mais bon sang, c’est quoi le problème avec Jane ?
Catherine Cusset pour répondre à la question posée, propose une biographie, voire une radiographie du personnage central. Jusqu’au bout du livre, on attend de faire connaissance avec le véritable narrateur.

Une enquête originale et palpitante !

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Mardi 22 avril 2008
Dans le Japon de cette fin du 19ème siècle, les traditions sont encore tenaces, mais les changements d’un monde qui s’internationalise sont en train de tout bouleverser. Loin de ces préoccupations, la jeune Sachi grandit dans sa campagne montagnarde, gaie et aimée, joyeuse et libre autant qu’une jeune fille peut l’être. Jusqu’au jour où la princesse Kazu, sœur de l’empereur et promise du Shogun, passe par ce village perdu, repère Sachi à la peau si blanche et aux yeux de jade, et en fait sa demoiselle de compagnie. Le destin de Sachi bascule alors, de demoiselle de compagnie elle devient concubine, la dernière, puisque la guerre civile fait rage et que le régime en place ne tient qu’à un fil de soie. Les aventures de Sachi vont la mener au-delà de ses rêves et de ses cauchemars, jusqu’au bout d’elle-même, jusqu’à revenir vers ses origines insoupçonnées.

Si Lesley Downer, en spécialiste du Japon, utilise toutes ses connaissances pour alimenter son récit de mille détails passionnants concernant les traditions et coutumes du Japon ancestral, ce premier roman pêche un peu du côté de l’écriture, assez quelconque, et de l’intrigue, sans doute trop linéaire. Cependant, voilà un roman historique distrayant et précis qui, en cette période de vacances, en ravira certainement plus d’un.

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Jules Barbey d'Aurevilly (1808 - 1889)

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