XVIème siècle, l’Europe est en ébullition. L’institution catholique craint pour sa stabilité et punit toujours plus sévèrement
les déviants, et les infidèles. Fils d’un noble prélat florentin, Zénon Ligre était promis au confort d’une existence parfaitement balisée et bercée de certitudes. Celle-là même qu’il devrait
rencontrer au terme de ses études de théologie. Cet aventurier empiriste et humaniste préfèrera emprunter le sentier de traverse, celui du doute et de l’incertitude.
A la fois alchimiste, médecin et libre penseur, Zénon intrigue autant qu'il inquiète. Condamné à l’ostracisme et à la solitude, il est une figure tragique de la raison impuissante face au
fanatisme institutionnalisé. Malgré toutes les précautions qu’il prendra afin de dissimuler son identité, ses recherches et ses écrits sacrilèges, l’Inquisition continuera de le traquer afin
d’étouffer au plus vite la menace qu’il représente.
Comme une comète dans la nuit, Zénon éclairera les ténèbres de la Renaissance le temps si bref et pourtant si long d’une vie humaine. En faisant le choix de l’intégrité et de la dignité, il s’est
lui-même condamné à la solitude. Partant d’un tel constat il est difficile de ne pas voir le pessimisme sous-jacent au destin tragique de ce héros existentialiste avant l’heure. À force
d’intolérance et de cynisme les hommes finiront-ils par perdre l’Homme ?
L’œuvre au Noir est l’aboutissement du travail d’une vie ainsi qu’un chef d’œuvre de la littérature contemporaine, à tel point que le prix Fémina qui fut décerné à Marguerite Yourcenar à
l’unanimité en 1968 semble presque anecdotique au regard de l’intemporalité des thèmes qui sont développés au fil de l’ouvrage et de la puissance lyrique de son héros haut en couleur. Il s’agit
d’un roman érudit et poignant, rédigé dans une langue dont la richesse peut en rebuter certains, même s’il serait vraiment regrettable d’en interrompre la lecture pour cette raison. À lire au
moins une fois !
Marguerite Yourcenar, L'oeuvre au noir, Editions Gallimard Folio
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